Cluny, et l’inventaire post révolutionnaire du début du XIXe siècle

A la dispersion du patrimoine de l’abbaye, à la destruction engagée de la Major Ecclesia qui fut plus grande d’un tiers que Notre-Dame de Paris, répond un goût nouveau pour la vieille pierre, le patrimoine, et l’Histoire. Dans cet esprit, la publication d’une importante iconographie, de l’inventaire des archives du passé, et d’une réflexion sur le rôle de l’Art et de la connaissance, s’épanouit dans les années 1820 et plus sûrement encore vers les années 1830. La vague du Romantisme alimente aussi tout un imaginaire autour du passé antique et aussi – une nouveauté – médiéval.

Dès 1810-1820, les artistes rendent compte des destructions et d’un certain goût de la « ruine », que l’on retrouve dans une lithographie de Lefèvre représentant l’abside de l’abbatiale en cours de destruction. La datation des œuvres s’appuie souvent sur l’état d’avancement des travaux de démolition constatés. Certaines sont datées, fort heureusement. Par exemple, le 18 octobre 1814, pour des dessins à la mine de plomb de Fabien Van Riesembourgh : dessin représentant la nef en ruine de l’église abbatiale dont les seconds collatéraux nord et sud subsistent encore en partie, dessin du narthex en ruine, vu de l’intérieur avec le vaisseau central du narthex disparu, ainsi que le haut de la tour Baraban sud, Baraban nord encore debout mais sans charpente, dessin de l’église abbatiale en ruine, vue du nord, où ne semblent subsister que quelques vestiges de la nef et des transepts. Vers 1814-1815, datation obtenue par comparaison avec les dessins de Fabien Van Riesambourg, une aquarelle de Melle de Reydellet montre également la nef de l’église en ruine. Une autre de la même artiste, datée au plus tard de 1818, montre le chœur également en ruine.

Aquarelle de Fabien Van Risembourgh

Dès cette époque, chroniqueurs locaux et archivistes s’activent. Comme on l’a déjà vu, Philibert Bouché de la Bertilière copie et remet en forme en 8 volumes, de 1815 à 1817, sa compilation manuscrite de la « Description historique et chronologique de l’abbaye, ville et banlieue de Cluny, depuis la fondation jusqu’en 1789 ». Il envoie son ouvrage à un ami, François Cornil de Sainte-Foy. En 1818, Jean-Baptiste Demiège, membre de l’Académie de Mâcon, et archiviste de la Préfecture, donne lecture à ses confrères d’une notice sur le voyage de Saint-Louis à Cluny et à Mâcon, précisant les causes de ce déplacement, censurant l’attitude des papes de cette époque, et soulignant l’état florissant de l’abbaye. Le texte sera naturellement publié dans les Annales de l’Académie. Cet ancien ingénieur des Ponts et Chaussées des Etats du Mâconnais publie probablement en même temps un texte intitulé « Description du mausolée du Duc de Bouillon déposé dans le rez-de-chaussée d’une des tours de la maison abbatiale de l’abbaye de Cluny ». L’émulation des érudits est grande, puisque le terme de « Roman » vient d’apparaître en 1818 sous la plume de l’archéologue Charles Duhérissier de Gerville, pour qualifier l’art antérieur à la construction des grandes cathédrales. Dans son esprit il s’agit de rapprocher la naissance de cet art avec l’apparition des langues issues du latin, ce qui va s’avérer faux en linguistique comme en archéologie. Philibert Bouché de la Bertilière meut à Cluny le 19 octobre de cette même année. Mais les artistes continuent leur œuvre de mémoire. En charnière des années 1818-1819 apparaît une aquarelle anonyme représentant l’abside en ruine de l’église abbatiale, conservée ultérieurement dans la collection Rambuteau. Dans ces mêmes années, une aquarelle de Melle de Reydellet montre à nouveau la nef de l’église abbatiale en ruine. La difficile datation de ces œuvres tient compte du fait que tous les clochers ont déjà disparu, excepté celui de l’Eau Bénite.

Aquarelle de Mlle de Reydellet

Les laïcs ne sont pas les seuls à faire œuvre de mémoire. Et pour cause, l’Eglise se lance à la reconquête d’un pays déchristianisé. L’évêque de Digne, Bienvenu de Miollis, publie en 1821 « La vie de saint Mayeul, abbé de Cluny, et patron de la ville de Valensole ». Les artistes, eux, poursuivent leur travail, et s’intéressent à la ville, qui avait gardé jusque-là un aspect majoritairement médiéval. Emile Sagot, architecte formé à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, exécute dans les années 1830 des dessins offrant une documentation précise sur l’état de plusieurs rues et place de Cluny, avant la destruction des maisons qui les bordaient. Ils fourniront ultérieurement la base de lithographies et gravures qui révélèrent les demeures médiévales de Cluny. Brunet, professeur de dessin au collège installé dans l’aile sud de l’abbaye, publie vers 1834 un dessin de de la façade XVIIIe de l’abbaye gravé par Béraud, témoignant de l’état de l’abbaye au lendemain de l’arrêt de sa démolition. En 1835, c’est une lithographie de Bizard représentant la Porte de la Chanaise, puis en 1837 une gravure de Nyon d’après un dessin de Pernot de la même la Porte. De nombreuses lithographies à partir des dessins d’Emile Sagot circulent dès 1838, représentant une vue générale de l’église et des portes de l’abbaye, la chapelle Jean de Bourbon… Pendant que P. Lorain, professeur de droit à l’Université de Dijon, publie en 1839 une « Histoire de l’abbaye de Cluny ». L’architecte Aymar Verdier exécute sur le terrain à partir de 1846 des dessins des maisons de Cluny dont une célèbre aquarelle représentant « la tour Fabry ». Il mettra au net ces dessins sur des planches aquarellées en 1850. Cette même année, Jean-Claude Barat tente dans un dessin de restituer les volumes disparus et encore debout de l’abbatiale Cluny III ; dessin conservé à la Bibliothèque municipale de Nevers.

Dessin de Brunet représentant le collège et la façade XVIIIe siècle de l’abbaye

L’Histoire de Cluny elle-même voit des fées se pencher sur elle et sur ses archives. En 1849, après la publication des cartulaires de Savigny et d’Ainay, Auguste Bernard, intrépide éditeur de textes, décide de publier de façon scientifique les cartulaires de Cluny. Il pense ne disposer que des copies de Lambert de Barive, et des rares originaux conservés aux Archives de Saône et Loire et à la Bibliothèque nationale. Sa transcription presque terminée, il découvre qu’outre les cartulaires, Cluny dispose de certaines chartes originales. Il entreprend de rassembler toutes les chartes dont il connaît la teneur, et de les classer par ordre chronologique. En novembre de cette année 1849, l’Académie de Mâcon lance un concours sur le thème de « l’influence de l’abbaye de Cluny sous le triple rapport religieux, intellectuel et politique » au XIe siècle. Ce concours marque un intérêt nouveau de l’Académie pour Cluny. En décembre 1850, l’abbé Fr. Cucherat, jeune vicaire de Marcigny, vainqueur du concours de l’Académie de Mâcon, remporte une médaille d’or gravée à son nom, et un prix de 300 francs, somme importante pour l’époque. Il s’est inspiré du cartulaire et de 2 chartes (1172 et 1180) retrouvées par lui de saint Hugues (Hugues de Semur, abbé de Cluny). L’Académie décide de publier son mémoire vers 1851, sous le titre « Cluny au onzième siècle, son influence religieuse, intellectuelle et politique ».

Mais l’apothéose de cette « renaissance » s’inscrira dans la parution en 1854 du « Dictionnaire de l’architecture » de Viollet-le-Duc, qui pose un peu Cluny comme la fondatrice de la civilisation européenne.

La deuxième partie, du XIXe s’annonce tout aussi riche, avec une société en expansion sous le Second Empire …

Gérard Thélier, Historien

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